24 août 2012

Jumelages

Bien plus tard  (mais j’étais déjà de retour en Europe après 1980), des groupements d’Eglises, y compris des groupes malais et musulmans ont organisé des jumelages interraciaux et cela a beaucoup mieux réussi.

En 1993, lors de ma brève visite au Cap, une consœur (aujourd’hui décédée) me dit : « Tu vois on essaye de réfléchir aux mêmes choses que tu essayais de faire il y a vingt ans ». Et là, je le sens, est mon problème existentiel : être déphasée, malheureusement toujours en avance par rapport au temps pratique ! Mais l’idéal, le désir ne précèdent-ils pas sa mise en pratique ?

Pour moi, la présence de notre « petit frère » à la maison familiale, frappé de méningite dès son plus jeune âge, le besoin déterminait l’action immédiate. Plus tard quand je me suis rendu compte de toutes les chances manquées d’agir des institutions figées et frileuses dont j’étais membre, cela m’a frustrée et presque brisée ! Qu’est-ce que nous faisions en Afrique du Sud ? Qu’est-ce que nous faisons sur cette petite planète ? Jésus a dû se poser les mêmes questions quand il réfléchissait sur sa vocation.

Après 1968, plusieurs de mes consœurs ont quitté ces institutions y compris la nôtre. Pour ce qui me concerne, avec quelques consœurs et des amis, nous avons envisagé de nous servir de ces infrastructures pour arriver aux racines – grassroots – aux gens que nous étions venus servir. Mais nous étions douloureusement divisées : d’un côté ceux et celles loyales et loyaux aux institutions (surtout les institutions religieuses), de l’autre côté, les  personnes loyales aux victimes des systèmes, ceux et celles que Jésus nomment « les plus petits ». Ni les unes ni les autres n’avaient raison ou n’avaient tort : il s’agissait d’une vision du monde (world vision) différente. C’est tout. Cependant, ma conscience m’oblige à prendre parti pour la Bonne Nouvelle annoncée aux opprimés, qu’ils soient riches ou pauvres. Mais d’abord pauvre surtout lorsque leur pauvreté est structurelle et déterminée par les riches.

Politiquement, dans ce pays dont les gens de toutes races croyaient à la paix au fond de leur cœur, il s’agissait « d’aborder le navire lorsque la marée était haute afin de faire la traversée vers la rive de la liberté ». 

“There is a tide in the affairs of men which taken at the flood, leads onthe fortune. But omitted, and the voyage of their life is bound in shallows and miseries. On such a full sea are we now afloat, and we must take the current when it serves. Or lose the ventures before us”.
Julius Cesar. Act iv. Sc. 3.  William Shakespeare

 « Il y a une marée dans les affaires des hommes, prise à son flux, elle porte au succès. Mais si l'on manque sa chance, le grand voyage de la vie s'échoue misérablement sur le sable.

Hors aujourd'hui, nous sommes à marée haute. Prenons le flot tant qu'il est temps…ou tout ce que l'on a risqué sera perdu ».

Julius Cesar. Act iv. Sc. 3.  William Shakespeare (et mon essai de traduction libre… et difficile !)

Nos enfants, des écoles primaires déjà, apprenaient par cœur ces paroles de sagesse et d’encouragement à l’action. Saisir la chance quand les conditions sont présentes pour mener une action correspondant à un but précis : chez nous, c’était la fin de l’apartheid et le « plus grand bien pour le plus grand nombre ! ». Qu’on en est loin en 2006. La lutte continue.

Peu à peu, les institutions et leurs administrations ainsi que leurs membres les plus traditionnels, mises au pied du mur par la mouvance accélérée des changements en Afrique du Sud et dans les pays limitrophes, nous ont alors timidement tolérés et… bien plus tard, soutenus… l’étiquette qu’on nous avait collée de « gauchistes » leur avait fait grand peur. Aujourd’hui (dans les années nonante) ces mêmes institutions s’orientent vers les défis à relever. Tant mieux. Malgré les erreurs et les échecs donc, Kliptown fut une expérience positive pour nous tous. Quant à moi, elle m’a mûrie.

Le soir – c’était toujours à Johannesburg – j’allais nager dans la piscine des voisins blancs. Ces piscines étaient un luxe inaccessible, par la loi, aux Noirs, Métis, Indiens…tous les non Blancs ! A ce moment-là, pour moi, c’était un bienfait.  Peu à peu, nombreuses furent les piscines, mais pas toutes, et celles couvents non plus, qui furent des piscines privées où Noirs et Blancs s’ébattaient ensemble. Que d’hésitations et de discussions afin de s’assurer que notre nudité blanche ne soit pas souillée par la nudité de nos amis noirs!

Je ne me souviens plus si les hanches faisaient mal ou non. Quand on a un handicap de ce genre, le sentiment du « pas très confortable » devient naturel. On fait avec, comme on dit ici. Mais cela rend facilement irritable. Et je crois qu’être engagée dans des actions dans les townships, que cela soit à Kliptown, Soweto, Orlando East, Eldorado Park, Hammankraal et même Mamelodi, avec toutes sortes de gens, était la meilleure thérapie. On reprend vie quand elle à un but et un sens… c’est comme l’eau qui nourrit les racines !

 

 PHOTO MANQUANTE

      à  Mamelodi

 PHOTO MANQUANTE

   c’est nous

PHOTO MANQUANTE

       à   Soweto

PHOTO MANQUANTE

à   Kliptown

 PHOTO MANQUANTE

Avec les Sœurs de Notre Dame et les enfants à Eldorado Park en Afrique du Sud

PHOTO MANQUANTE

 1976 à Soweto

 De Hammanskraal vers la Suisse…

 Hammanskraal… “Amandla Awethu!"

PHOTO MANQUANTE

Le pouvoir au Peuple !

PHOTO MANQUANTE

 c’est nous

PHOTO MANQUANTE

Soweto: on attend l’autobus…

Posté par Katutura à 11:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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