24 août 2012

 

La Thompson

Combien de mois au WRC ?, Huit peut-être…le temps d’une floraison de pêchers et d’abricotiers… et puis des fruits.

 

Ensuite le Dr Perlman a repris contact avec A. Smit et L. Laubscher. Ils ont alors pris la décision d’insérer une prothèse nommée « Thompson » cette fois. Ce fut fait à l’hôpital H. Verwoerd à Pretoria. Cet hôpital vient d’être renommé « Academic Hospital », par notre nouveau gouvernement.

 

Cela s’est bien passé et j’ai recommencé à marcher avec des béquilles. La musculature avait repris du tonus. Ainsi j’ai pu participer, bien que marginalement d’abord, au travail de l’école (privée et européenne) à Victory Park, Johannesburg. J’enseignais le caté aux petits, le français et l’histoire de l’Art aux plus grands pour ceux et celles qui le désiraient, le samedi.

 

Kliptown

 

Ines Perlman, la femme de Michael, travaillait au South African Institute of Race relations (SAIIR) . Elle était la responsable d’une campagne contre la famine. (Operation Hunger). Cette campagne était menée au niveau national ; elle avait pour but de mettre sur pied des « soupes populaires » (Soup kitchen for schools) partout où cela était possible, surtout dans les townships et les zones rurales. A midi, les enfants mangeaient cette soupe protéinée , ainsi qu’une tartine de beurre de cacahouètes (Peanut butter) Quand c’était la saison, les enfants recevaient une orange et une mandarine (naartjie).

 

 

Oh ! La soupe !

Etant mieux nourris, la concentration des écoliers à l’école s’améliorait et les résultats faisaient des bonds en avant. Pour certains de ces enfants, la soupe était parfois le seul repas du jour, surtout vers la fin du mois. De nombreuses Associations sponsorisaient la « Soupe » et l’argent venait aussi bien de l’étranger que de l’Afrique du Sud. Après 1994, selon le Weekly Mail and Guardian, le financement a diminué, le nouveau gouvernement ayant voulu gérer tout cela, le financement s’est tari… les sous passant on ne sait dans quelles poches. A l’heure qu’il est, plus de « Soupes pour les enfants qui ont faim! ». Combien d’enfants semblent être nés pour avoir faim ?(Born to hunger)! Beaucoup d’enfants ne peuvent aller à l’école - alors qu’elle est devenue obligatoire – simplement parce que les parents ne peuvent nourrir leurs petits. Certaines Eglises organisent encore des « soupes populaires » dans les environs de leurs institutions durant les mois d’hiver !

Aujourd’hui, Ines s’est retirée de la « campagne contre la famine ».

 

Mais en ce temps-là, alors que j’étais de retour à Johannesburg, elle m’avait suggéré de proposer aux enfants blancs de notre école privée, (Holy Cross School) de venir, volontairement, faire leurs devoirs ensemble, avec les enfants métis de Kliptown . Ces enfants ne pouvaient faire leurs devoirs ni à l’école, à cause des doubles sessions avec le même maître ( !) donc huit heures d’affilée d’enseignement d’une cinquantaine d’élèves chacune ! Ni chez eux non plus,  dans leurs misérables abris. Ines avait obtenu l’usage d’une salle d’église inoccupée l’après-midi et dans la soirée et c’est là que les enfants pouvaient venir faire leurs devoirs. Laissés à eux-mêmes, c’était le pandémonium garanti. Ines a alors eu l’idée que je trouvais géniale, c’est-à-dire que des enfants de l’école Holy Cross viennent, deux fois par semaine, aider leurs camarades de Kliptown à faire leurs devoirs. Le transport bénévole serait garanti par les pères ou les mères des enfants de Victory Park. 

Kliptown shantytown.

Ines n’a pas eu de mal à me convaincre. J’ai contacté la Sœur directrice de l’école qui me permit d’en parler aux enfants et, en même temps, d’écrire une lettre informant leurs parents de cette proposition et leur demandant leur accord si tel était le cas. Les enfants étaient tout enthousiasmés. Les parents moins. Une douzaine environ accepta la proposition.

Les enfants remplissaient 3 ou 4 voitures en route vers Kliptown (là où fut rédigée la Charte de la Liberté en 1955 avec Nelson Mandela), à une distance d’à peine 40 minutes en voiture de Victory Park. Pour ces enfants c’était comme la découverte du nouveau monde ! Tel est le fonctionnement de l’apartheid. Idiotie empêchant la communication de gens vivant côte à côte ! Je réalise qu’on peut faire exactement la même chose en Suisse sans apartheid apparente, bien qu’existante ! Ne pas se voir alors qu’on vit les uns à côté des autres.

 house

Dans le jardin d’un enfant européen à Johannesburg, Victory Park, ça ressemble à ça…

Posté par Katutura à 11:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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