24 août 2012

Bird respirator

respirator

Un jeune médecin, anesthésiste, le Dr Jacques Rousseau (qui doit se trouver actuellement en Australie) ne fait ni un ni deux ; il court à la firme, claque les portes ouvertes, s'empare du "bird respirator" à plein bras, dit aux employés ahuris: "C'est une urgence, on règle ça plus tard" et se précipite vers l'hôpital. Ils sont là, Peter Comfort, Jacques Rousseau, Alain Smit et Dieu sait qui encore, ensemble, ils font marcher cette machine qui m'a sauvé la vie en pompant efficacement l'air dans mes poumons. (Le cœur ayant été un peu écrasé, il y avait un peu d'eau par là autour, dans les poumons, ce qui empêchait la respiration). J'ai les yeux écarquillés, les oreilles à l'écoute. Ils rigolent, ces gamins de médecins. Pas d'erreur de fonctionnement. La machine "marche"Je les vois jubiler. Par intermittence je participe, d'une très grande distance à la rage de faire vivre de ce corps médical. Parler: c'est fini. Mon corps était encore "mort", et c'était une chance car je ne souffrais pas. Je ne sentais rien, pas même le tuyau dans mon cou, seulement le filet d’air frais comme une brise intérieure. Je voyais tout, j'entendais tout entre les plongées dans le vide et les émergences. Le Dr Rousseau et sa femme sont devenus mes amis, comme les autres plus tard et les infirmières aussi.

L'extrême onction

C'était le nom donné, en ce temps-là, à ce que la liturgie catholique nomme aujourd'hui "l'onction des malades". Le Père de la Mission de Indwe était venu à East London. Près de mon lit, sans y être invité, il lisait les prières d'un rituel "pour une bonne mort". Je ne le nommerai pas, ce prêtre, il est aujourd'hui un évêque terne s'il en est un, terne de naissance et de par son fonctionnement ! Il était inquiet. Il avait une mine d'enterrement. Il était triste à mourir et à faire mourir alors que je ne ressentais aucune tristesse. Il demandait pardon à Dieu, en mon nom et sans mon accord bien sûr, pour les péchés que j'avais commis avec mes pieds (onction avec un baume sur mes pieds), mes mains, mes oreilles, mes yeux (chaque fois onction, idem), il ne demandait pas pardon pour mes cavalcades intellectuelles, émotionnelles, spirituelles, ni pour celles de ma langue. En Anglais, on nommait cette « extrême onction » (The Last Sacraments) donc « les derniers sacrements. » Il n'y en avait plus après puisqu'on allait mourir. Mes consœurs, ayant fait le long voyage avec ce « Father » me regardaient d'un air d'outre tombe. Elles étaient tout de noir enveloppées de la tête aux pieds. Déjà endeuillées on aurait dit. Je me sentais plus vivante que  toute cette gente très catholique bien intentionnée  et tellement vide de vie et si vite résignée à la NON-VIE ! A la mort ! Mais je les aimais quand même, les sœurs.

 

 

J’avais avant tout besoin d’un sourire de joie et de vie tout court. Quelle aberration, la religion de ce temps-là. Elle prêchait un amour théorique, fonctionnel, institutionnalisé,  soumis à la volonté de Dieu alias celle des autorités. Même si leur praxis était aux antipode de la Bonne Nouvelle de Jésus… c’était comme un amour désincarné, du bois mort égaré sur les vagues molles et troubles « d’un long fleuve stérile » et mortellement tranquille. Alors que l’Amour n’est divin que s’il est humain. S’il brûle, s’il vibre, s’il éclaire. Concrètement. Cette expérience m’a radicalement distancée des rites envers qui je ressens une profonde allergie. Ma conviction s’est confirmée que Dieu, s’Il existe d’une manière ou d’une autre, n’est qu’Amour, et que ce que l’on nomme religion doit libérerl’homme et tous les hommes de toute pollution mortifère car ils sont nés de l’amour pour vivre et répandre l’amour. Il faut dire que j’étais loin d’être la seule à avoir cette faim, à avoir cette orientation, cette vision du monde « hors systèmes », mais il n’y avait entre nous que de minces vestiges de vases communicants. Il fallait se situer en dehors des murs de l’institution, paralysée et paralysante, pour prendre place, avec Jésus, au cœur d’un monde qui émerge douloureusement du chaos. Comme St Paul le disait aux Hébreux de son temps : « C'est pour cela que Jésus aussi, devant sanctifier le peuple par son sang, a souffert hors de la porte.  Donc, pour aller à lui,  sortons hors du camp, en portant son opprobre.  Car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir » He. 13 :12-14).

On a fait beaucoup de chemin depuis… encore qu’il en reste à faire, du chemin !

Posté par Katutura à 10:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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