24 août 2012

Cette nuit-là

 

Je suis sur une couche de ce petit dispensaire-hôpital. Je suis dans le vide. Je "ne vois pas le temps passer". Le temps n'existe plus.

Ce qu'on m'a raconté, et je le crois, c'est que la trentaine de gosses-passagers du VW Combi avaient couru répandre la nouvelle dans tous les sens, dans ce modeste village paysan même si elle était enregistrée en tant que ville (dorpie-boer), dans les townships de la périphérie…

Ce qui s'est passé, et je le sens souvent dans mes veines, mes artères, mon cœur, c'est que les gens venaient, noirs, blancs, métisses, offrirent leur sang au jeune médecin qui n'avait pas de banque de sang ni aucun moyen pour faire l’analyse du sang offert ! Je saignais énormément, surtout d'une large plaie ouverte à la cuisse gauche. J'ai reçu du sang, à chaud, de je ne sais quels bienfaiteurs à Indwe. J'ai donc du sang d'Indwe dans mes veines. Pur sang. Sans contrôle aucun!

Le sang, c’est la Vie !

 J'ai ainsi été maintenue en vie des heures durant, grâce à la médecine terre à terre des petites gens que j'aimais tant. Le jeune docteur avait appelé d'urgence le Frere Hospital de East London, le plus proche. East London est situé sur la côte de l'Océan indien. Là où fleurit le Erythrina caffra  ou "Kaffirboom"! L’arbre des cafres.

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 La fleur du Kaffirboom que j’aime

Six bonnes heures de voiture séparent Indwe de East London … sur de nombreux kilomètres de chemin boueux (dirt roads). Mes trois consœurs de la petite communauté d'Indwe sont venu me voir. Je les ai aperçues dans une émergence (quand je refaisais surface pour quelques secondes); elles avaient un air d'enterrement. De plus, le fait, qu'à cette époque, nous étions encore enveloppées de noir, la tête, le cou, le tout, nous donnait un air plutôt lugubre en  permanence.  Elles étaient en souci. Elles avaient informé les supérieures, qui se trouvaient encore au Cap depuis la rencontre de la semaine précédente. Celles-ci avaient informé mes parents au Clos du Doubs: on s'attendait à ce que je meure, m'a-t-on dit…Moi je n'en savais rien, je clignotais "on and off". L'incident avait-il été amplifié en passant de bouche à bouche? C'est possible… Il y avait le téléphone de brousse et les media quand même ! C’était un fait divers. Mais les médecins sud africains, eux, pensaient que je devais vivre.

Etre, ou ne pas être : telle n’est pas la question : être c’est la VIE !

 

Posté par Katutura à 09:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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