24 août 2012

Et j’ai quand même dit oui… mais des années plus tard

Je vais donc essayer d'écrire ce qui s'est passé. Ce n'est pas de la littérature, ni un conte, ni un témoignage… c'est un fait divers parmi des milliers d'autres. Un fait qui a changé, non pas l'orientation de ma petite vie, mais son contenu et sa forme, une vie soutenue par la rage de vivre et de faire vivre et dont l’origine, justement, est à la SOURCE.

La vie change

Cette vie a pris une tournure forcément adaptée. Durant assez longtemps il a fallu faire des efforts surhumains, serrer les dents, prouver, au regard d'une société de "rentabilité" (y compris ecclésiastique et religieuse) que j'étais normale et, surtout capable de travailler ! (fit for work !)

Depuis, plus que jamais auparavant, je compatis à la souffrance morale et physique qu'endurent tant de handicapés, de marginalisés, dans le rush d'une société à grande vitesse où la "seule performance montre à la meute si tu es un homme ou non!"

Vivre quand même

Après deux années, d'un hôpital à l'autre, j'ai vécu dans différentes régions d'Afrique australe, une vie normale, parfois survoltée, souvent en révolte contre les systèmes, leurs concepteurs, leur police, leurs chefs d'où qu'ils viennent.  En ceci, je partageais simplement les états d'âme, l'énergie, la vie des militants anti - apartheid. Mon inspiration, à moi, était "Jésus, le Chemin, la Vie, la Vérité, avant que le Christianisme ne l'ait déformé" (voir « Jésus avant le Christianisme, l’évangile de la libération » Editions Ouvrières, 1979, Albert Nolan). Je passais outre mes propres limites physiques, et je trouvais naturel que les autres en fassent autant. Pour moi, c'était un besoin que de défier les séquelles d'une ossature fragmentée et rafistolée avec amour, avec art, par ces chirurgiens sud africains qui sont devenus amis, aussi ceux, surtout ceux, qui sont morts depuis.

Mais j'avais toujours mal et je marchais de plus en plus mal.

De retour en Suisse dès 1980

Pour se conformer aux formalités de Caisses maladies helvétiques, on m'a emmenée chez un chirurgien orthopédique, quelque part dans les environs de Zoug. Il a fait faire des radiographies puis il a dit: "Ces opérations ont été mal faites, il faut opérer". Sans dialogue, sans s’informer du passé. Il ne savait pas ce qu'il disait. Il voulait opérer ! Cela m’a choquée et révoltée !

J'ai dit "non". Cet homme ne m'avait jamais regardé dans les yeux. On m'a donné des anti douleur que j'ai de temps en temps avalés. Des panadols. Et la vie a continué, à Fribourg, au Jura, à Lausanne et souvent sur les quatre chemins de la Suisse et au-delà. De temps en temps, je sentais comme un craquement étrange et discret, quelque chose se mettait en place dans cette ossature branlante et ça faisait alors, pour un temps, moins mal…

Au début de l'année 1997, ma supérieure, Sr A. m'a fortement conseillée d'aller voir un médecin. J'ai dit oui d'un cœur reconnaissant en me rendant, en compagnie de Verena, cette femme magnifique – elle-même infirmière - à la Permanence Médicale Universitaire, (PMU) à la Rue César Roux, à Lausanne, lieu où mes "papiers" avaient été déposés, depuis deux ans. Je reviendrai sur cette visite à la fin du texte.

Posté par Katutura à 09:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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